Le cours d’intégration

Nuremberg et le château de Kaiserburg, Bavière, Allemagne

Après un an et des poussières, j’ai enfin reçu mon visa. Je peux désormais vivre et travailler en Allemagne, du moins jusqu’en 2017 ! Mais avec cette petite carte venait aussi une obligation : détenir le niveau B1 en allemand. En langage clair, on parle ici d’un allemand «intermédiaire-avancé». Un examen de classement plus tard, j’apprenais que mon allemand n’était pas encore assez fort et que j’étais tenue par la loi d’assister à un cours d’intégration pour immigrants. Je dois avouer qu’au départ, je n’étais pas très chaude à cette idée. Je prenais déjà des cours d’allemand à raison d’une fois par semaine. Certes, ce n’était pas suffisant pour devenir parfaitement bilingue, mais pour quelqu’un qui considère l’Allemagne comme une étape et non comme une fin en soi, c’était bien assez. D’autant plus qu’en tant que chargée de cours de français avancé à l’université, je n’avais pas besoin d’un fort allemand pour travailler.

Puis, je me suis rappelée le Québec. Je me suis vue, à Montréal, maudire tous ceux qui n’apprenaient pas le français. Tous ceux qui se contentaient de vivre en ghetto, entourés des leurs, baragouinant quelques mots de français par-ci par-là, utilisant plutôt l’anglais pour communiquer. Je me suis regardée le nombril et j’ai constaté que j’étais en train de faire pareil. Tous mes amis sont francophones ou anglophones. J’habite dans un quartier d’expats. 90% des locataires de notre immeuble sont étrangers. Je parle allemand comme une vache espagnole. Scheiße !

N’ayant pas envie de reproduire ici ce que j’ai tant reproché à d’autres dans mon propre pays, j’ai décidé de profiter de la pause entre le semestre d’hiver et le semestre d’été de l’université pour essayer. Je me suis inscrite à un cours de 100 heures, du lundi au vendredi, de 8h30 à 11h45. Et c’est là que tous mes rêves se sont écroulés.

Première journée, mon nouveau professeur m’annonce qu’au Québec, on ne parle pas le français, mais plutôt un dialecte emprunté au français. Je suis la seule francophone dans la salle de classe, donc la seule à ravaler sa colère entre deux exercices de grammaire. Pas d’anglophone non plus. Il y a des Africains, des Italiens, des Roumains et des Chinois, tous regroupés selon leurs origines. J’ai l’impression d’être à Montréal : Chinatown, Petite-Italie, Côte-des-Neiges… Ne sachant plus à quel saint me vouer en l’absence de mes plus proches parents, je me place au centre, entre l’Italie et la Chine, la Roumanie est devant moi et l’Afrique derrière. Je me la joue multiculturelle jusqu’au bout.

Premier constat : il est difficile de communiquer, puisque pour la plupart la langue commune est l’allemand. Hors, elle n’est pas encore assez bien maîtrisée pour être tout à fait compréhensible. Seuls quelques étudiants parlent bien anglais. Tout un casse-tête pour le professeur, qui doit enseigner en tenant compte des particularités culturelles de tous et chacun. Deuxième constat : les belles rencontres, ce sera pour une prochaine fois. Il y a ceux qui sont là par obligation et qui n’ont clairement pas envie d’apprendre quoi que ce soit. D’autres se moquent ouvertement des difficultés de leurs compagnons. Dans les toilettes, une affiche nous annonce que le vol de rouleaux de papier de toilette est un crime. Mais doux Jésus, où suis-je ?

#onlyingermany : La police du papier de toilette

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Deuxième journée, un cri strident retenti alors que je franchis le pas de la porte. Devant moi, une jeune asiatique frappe un homme originaire de la Roumanie à grands coups de sac à main, sous prétexte qu’il a pris sa place dans la salle de classe. Il s’ensuit alors une avalanche d’insultes toutes plus racistes les unes que les autres, allant du : «retourne dans ton pays sale profiteur» au «tu n’es qu’une merde de Roumain», tout ça de la bouche même d’une immigrante. Le choc total. Difficile pour une fille ayant grandi avec les Calinours de concevoir un seul instant que les immigrants eux-mêmes peuvent être racistes les uns envers les autres. Ne sommes-nous pas tous étrangers dans un pays étranger ? Ne devrions-nous pas plutôt nous serrer les coudes ?

Cette histoire digne d’un épisode de 30 vies ne s’arrête pas là. Coup de théâtre, le petit ami de l’assaillante asiatique surgit à la fin du cours. Selon ce que je comprends de son discours, il vient protéger sa dulcinée. Mais sa mission ne s’arrête pas là. Tel un colon, il croit devoir enseigner les règles de bienséance de mise en Allemagne aux Romains. Le prof, lui, est dépassé par les événements alors que les hommes en viennent aux mains. J’ai juste envie de leur dire : «n’importe quoi !», mais je ne sais pas comment traduire cette expression.

Bref, je m’assois maintenant en Afrique. C’est beaucoup plus relax.

8 commentaires sur “Le cours d’intégration

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  3. Grrrr… J’ai eu des cours universitaires de linguistique, tu lui diras à ton prof qu’en Nouvelle-France le peuple parlait français BIEN AVANT que toute la France parle la langue de Molière (pour eux ça date du 20e siècle tout de même!! Avant ils parlaient plusieurs patois différents…), et qu’à cette époque le « dialecte » que l’on parlait était considéré comme un français pur et parfait par les Français eux-mêmes! Dis-lui en français bien sûr… s’il comprend pas tant pis au moins tu te sentiras mieux à l’intérieur de savoir que tu as raison sur lui!! 😉

  4. OMG j’en ai le siflète coupé … on sait et on ne sait pas comment ça se passe quand deux racistes s’affrontent, en général on évite ces situations (moi j’évite) … mais quand t’as pas le choix de te retrouver dans un milieu où une 3e guerre mondiale peut t’éclater au visage c’est là que tu découvres combien loin est rendu l’être humain dans sa possession d’une chaise. Continues et lorsque tu sauras comment dire «c’est n’importe quoi» tu auras atteint ton but. 🙂

  5. Tu m’as fait rire Jessica mais c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle, c’est vraiment incroyable, je pense comme toi que tous devraient plutôt s’entraider….mais quoi sommes-nous idéalistes ou quoi???

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