La fois où j’ai « failli » mourir à Tachai

plonger tachai pinnacle

Lorsque vous pensez à la plongée sous-marine, les images qui vous viennent en tête sont probablement celles de poissons-clowns, de tortues et d’anémones. Vous pensez peut-être aussi aux plongeurs qui flottent doucement entre deux eaux tout en appréciant la faune et la flore marine. Oubliez pour l’instant cette image. Ce qui suit ne fait pas partie de ce type de plongée. Je vous raconte la fois où j’ai plongé à Tachai Pinnacle, entre les îles Similan et Surin dans la mer d’Andaman en Thaïlande. Vous pourrez ensuite juger par vous-même si j’ai oui ou non « failli » mourir.

 

Plongée à Tachai Pinnacle

Nous sommes en décembre, temps de l’année où les conditions de plongée sont à leur meilleur. Eau chaude, bonne visibilité, requins…. Lorsque la bateau arrive sur le site de Tachai Pinnacle, ce n’est pas tout à fait l’impression que la mer me donne. La houle fait tanguer le bateau, pendant que nous nous équipons. Regroupés à l’arrière du bateau, Charley, notre dive-master, nous explique le plan d’entrée à l’eau, qui semble pour l’instant simple. Nous entrerons à l’eau un peu en aval d’une bouée fixe qui est notre objectif. Une fois à l’eau, nous devons y nager le plus rapidement possible, et nous accrocher à sa corde, puis descendre à 20 mètres de profondeur où l’eau doit être plus calme.

Plonger en Thaïlande

Tous à l’eau !

 

L’entrée à l’eau

Nous somme prêts…
La veste est gonflée…
Ding ding ding nous sommes arrivés…
1-2-3-4-5 tout le monde est à l’eau…
Nous sommes dans le courant…

Nous nous dirigeons vers cette bouée qui ne semble pas très loin. Le courant s’avère  cependant plus fort que prévu, et ce n’est plus une petite nage tranquille, mais un sprint. Allez les jambes, c’est l’effort de la journée ! Plus que quelques mètres avant de l’atteindre. La corde est juste là. La corde était juste là. La corde s’éloigne. Ces quelques mètres, nous n’arrivons pas à les nager. La bouée flotte maintenant en amont du courant et même en palmant, il sera très difficile de l’atteindre. Nous sommes à la surface en cercle, et jetons un regard à Charley : plan B ? Soit nous continuous à nager, ce qui gaspillerait notre air et nous essoufflerait encore plus, soit nous entamons la descente sans corde. Verdict : pouce vers le bas. Non pas le signe de la mise à mort au temps des romains, mais le symbole de plongée qui indique que nous descendons.

Facile comme plan. En théorie.

La descente

Psshiit – je vide ma veste afin pour me permettre de couler et d’entamer ma descente.  2 mètres, j’observe sous moi afin de planifier où j’arriverai et évaluer la profondeur.  3 mètres, je valide ma montre de plongée afin de m’assurer qu’elle comprend que je descends.  4 mètres mes oreilles sont bien équilibrées.  6 mètres je regarde autour de moi pour m’assurer que…  je suis seul ?  Je regarde autour de moi, mais je ne suis plus dans un groupe, je suis seul.  Jean-Philippe, Charley et Laurent sont accrochés à cette corde que nous avions manquée et ne dérivent plus à la merci du courant.  Et Sébastien, mon buddy ?  Il vient de remonter rapidement à la surface pour rejoindre le groupe, et se trouve maintenant à 8-10 mètres au dessus de moi.

Qu’est-ce qu’un buddy?  Un des fondement de la sécurité en plongée sous-marine est le concept de buddy, où des groupes de 2 sont formés (buddy), et où chacun est là pour la sécurité de l’autre.

Que faire…

Jean-Philippe me regarde, accroché à cette corde mais violemment balloté par le mouvement des vagues. Il ne peut m’aider.  Lorsque nous serons sorti de l’eau, il me dit candidement sa pensée à ce moment : est-ce la dernière fois que je vois Francis ?

Je m’éloigne.  Le groupe commence à disparaître de mon champs de vision. Sébastien est toujours au dessus de moi.  Finie ma course vers la bouée.  Le courant est trop fort.  Finie sa course vers la bouée aussi.  Nous devons rester ensemble.  Il faut réagir.  Coup d’oeil vers le haut (pour moi). Coup d’oeil vers le bas (pour lui).  En language des signes je lui demande : tu descends ou je monte?  Avec le courant en surface, sa réponse est instantanée : pouce vers le bas.  Nous descendons, mais pour vrai cette fois, et ensemble.

 

Enfin, la plongée

18 mètres plus bas, je reprends mon souffle.  Quelle descente.  Arrivés au fond, nous nous cachons derrière une roche quelques instants pour profiter du calme qu’elle nous procure.  Petite validation de sécurité, où en suis-je avec mon air?  Ouch, je viens de consommer 20% de ma réserve seulement pour la descente.  Cette nage à 10 mètres de profondeur contre le courant a coûtée cher…  Rien d’alarmant ici, mais la plongée sera plus courte, air oblige.

L’objectif du moment est cependant de retrouver le reste de notre groupe, et tenter de profiter de la plongée malgré les conditions jusqu’à présent difficiles. Si vous avez déjà vu des vidéos de saumons sous l’eau, et bien c’est un peu mon état d’esprit actuel.  Nous remontons le courant, profitant des accalmies entre les vagues pour se propulser vers le prochain rocher et s’y accrocher, le temps d’attendre la prochaine poussée.  C’en est un peu comique ! Finissant par voir au loin le reste du groupe, nous dirigeons nos efforts pour les rattraper et je peux voir l’agréable surprise de Jean-Philippe lorsqu’il remarque que nous les avons retrouvés.  Il ne sont pas allés bien loin, puisqu’en les retrouvant je remarque qu’ils sont toujours à la bouée – tout comme les quelques autres groupes.

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En raison du courant, nous n’avons pas de photos à Tachai Pinnacle. Voici une photo de Francis par Jean-Philippe Pares.

Tous ensemble, nous commençons alors notre plongée, mais avec de telles conditions, nous réalisons assez rapidement que c’est peine perdue. Les poissons sont cachés.  Nos yeux sont occupés à trouver la prochaine roche où s’agripper, en s’efforçant de ne pas toucher au corail où de toucher/provoquer un animal à qui il vaut mieux ne pas se frotter.  Après environ 10 minutes, et puisque nous avons tous consommé beaucoup d’air pour la descente, la décision est prise.  Assez pour cette plongée, nous nous dirigeons vers cette même cordée, qui nous permettra de remonter tous ensembles vers la surface.  Simple, non ?

 

La remontée

Entre deux vagues, je sprint pour aller rejoindre la corde, éloignée des roches environnantes. De justesse, j’arrive finalement à m’y agripper (on se rappelle bien que c’est mon troisième sprint vers cette corde).  Accroché à la corde, je commence à me laisser remonter vers la surface. En fait, agrippé à deux mains serait une meilleure terminologie.  Je ne sens plus les vagues. L’eau n’est pas calme pour autant.  Pour visualiser, imaginez-vous dans une rivière avec un bon débit, sous l’eau et avec une corde pour vous retenir et un sac à dos pour être certain d’offrir une bonne résistance à l’eau.  Le courant pousse maintenant de façon continue. Les bras bien droits, je ne suis plus un saumon, je suis un drapeau qui flotte au vent.  Ma pensée du moment?  Si le drapeau se détache, il s’envolera dans une trajectoire incontrôlée – je ne dois définitivement pas lâcher prise.  Nous sommes toujours à 15 mètres et je n’ai aucunement l’intention de me séparer une deuxième fois du groupe.

Après une lente remontée vers la surface, Sébastien et moi faisons notre pause de 3 minutes à 5 mètres (pause de sécurité).   Le reste du groupe s’y entasse comme des sardines, mais nous ne pouvons pas tous faire la pause en même temps et nous devrons les attendre à la surface.  Combien me reste-t-il d’air avec tout ça?  J’ai entamé ma réserve.  Rien de trop stressant puisque nous sommes en surface, mais avec un tel courant et accroché à une corde, je respirerai plus d’eau que d’air en attendant les autres.  Nous attendrons donc à la surface en respirant à deux sur la bonbonne de Sébastien.

Patience maintenant…
Glou glou glou… nous sommes dans les vagues
Flouc flouc flouc… le masque et le détendeur essaient de suivre les vagues

Finalement, nous y sommes, tout le monde est prêt.  Et le bateau?  Quelques bateaux attendent en amont que des plongeurs arrivent, poussés par le courant.

 

Le retour vers le bateau 

3, 2, 1 je lâche la corde. La bouée s’éloigne.  Rapidement.  Il sera définitivement impossible de nager contre ce courant. L’équipage nous repère et le bateau s’avance pour nous repêcher. Une corde est à l’eau et je la remonte, pour finalement effectuer ma sortie de l’eau.

Courant Tachai

La corde qui nous permet de revenir au bateau

Combien de temps tout cela a duré ?  23 minutes sous l’eau, ce qui est très court pour une plongée à cette profondeur.

En arrivant sur le pont supérieur, j’ai droit à un regard inquiet.  Jessica a déjà obtenu la citation digne du film Titanic de Jean-Philippe, qui pensait ne jamais plus me revoir.  Non non, tout s’est bien passé Jessica !

Nous avons sauté à l’eau.
Je me suis perdu.
Nous sommes restés calmes.
Nos décisions ont été sécuritaires.

Nous avons fait une plongée courte, certes désagréable, mais qui fut une expérience mémorable.

Est-ce que j’ai failli mourrir? Pas vraiment. (Jessica ajoute : tout à fait – pense au drapeau).
Est-ce que ça aurait pu être dangereux?  Possiblement. (Jessica ajoute : tout à fait – pense au drapeau).

Il est important en plongée d’avoir une bonne équipe.  La panique aurait pu rendre ma situation plus dangereuse…  Mais la plongée est un sport très sécuritaire, et suite à cette expérience, je me sens définitivement plus en sécurité en connaissant ma réaction dans des situations imprévues et des conditions plus difficiles.

J’ai déjà hâte à la prochaine fois !  Quelqu’un d’autre a déjà eu une expérience formative de plongée ?

9 commentaires sur “La fois où j’ai « failli » mourir à Tachai

  1. Ouf Francis! Quel aventure ! Disons que oui je suis heureuse que tes réflexes naturels ont su te permettre de prendre les bonnes décisions ! mais mon coeur de mère est chaviré ! Attention à toi Francis! Vous avez une belle et longue vie devant vous, toi et Jessica!

  2. ah misère, dit moi Lise ce qu’on a fait pour avoir des enfants qui bougent comme ça??!! Oui bien contente que tu te sois tiré de cette mauvaise posture en un morceau mais tsé…un tout compris sur une plage pendant 2 semaines, il n’y a rien de mal?! blague a part, …super de belle expérience pour toi et tout finis bien….le récit est superbe..tu devrait te servir de ta plume plus souvent 🙂

  3. omg, j ai l impression de lire mon expérience du début février à Gordon rocks au Galapagos… Quand un dive master de l Alaska avec près de 1000 plongées ( il ne les compte plus depuis longtemps), et 5 autres plongeurs avec une moyenne de 500 plongées chaque n en reviennent pas et laisse faire les photos sous marines trop occupés à s’agripper aux roches pour ne pas être aspirés par le courant…je me dis que j en suis sortie grandit et je suis rassurée de mes réactions dans une telle situation! Pour vous donner une idée, j avais des veines crevées dans les yeux après la plongée tellement j avais travaillé et forcé pour nager contre courant et m’agripper aux roches… Mémorable! Mais pour voir des requins marteau, des Galapagos shark, une raie manta géante et une tortue de mer, ça valait la peine! 😉

    • Wow toute une aventure toi aussi à ce que je vois! C’est fou comment la nature change j’ai fait une plongée à Gordon Rocks aussi et ce fut une belle drift dive avec un petit courant doux qui faisait en sorte que je n’avais pas besoin de palmer…

      Raie manta je l’ai dans ma liste à voir je t’envie 🙂

  4. Ouf, j’ai des frissons dans le dos et je suis remplie d’émotions, mon fils aventurier m’en fait voir de toutes les couleurs, merci la vie de me l’avoir gardé vivant. Certes cette expérience te servira pour les plongées futures….mais…mon cœur de mère est ébranlé par ton récit…je t’aime….et je tente de me convaincre que ton calme t’a sauvé quoique…..

    • Il faut apprendre de ses expérience! Ça ne sera pas très utile pour les prochaines montagnes à monter mais c’est utile dans l’eau.

  5. WOW toute une aventure, toi perdu sous les mers et Jessica à la dérive…une aventure qui heureusement se termine bien pour vous deux.

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